Alors que, depuis plus d’un mois, l’obscurité et la chlorophylle se disputent le rez-de-chaussée du Lab-Labanque - avec l’exposition proposée par le groupedunes - le hall, le bureau du directeur et les étages brillent d’étonnement. Jusqu’à l’été, le centre de production et de diffusion en arts visuels de Béthune expose les travaux de Raphaëlle Paupert-Borne et de Didier Tisseyre. Des œuvres qui ont été créées en grande partie pour le lieu, dans le cadre d’une résidence d’artistes initiée par Artois Comm..
Raphaëlle Paupert-Borne s’est installée dans les chambres vides de l’appartement de l’ex-directeur de la Banque de France. Un peu comme ses drôles de personnages ont envahi ses œuvres. Elle a peint des silhouettes noir goudron sur des pages de magazines de décoration qu’elle a scannées avant de les tirer sur du papier photo. L’artiste a sélectionné des intérieurs apprêtés, décorés, un peu kitsch et datés. Des intérieurs plats, frontaux, et surtout déserts. Ce sont des salons, des salles à manger aussi dépeuplés que les pièces vides du Lab-Labanque. Malicieusement, elle y a placé des fantômes noirs et flottants. Est-ce un clin d’œil espiègle aux visiteurs qui investissent le lieu abandonné par ses ex-propriétaires ? Peut-être… Toujours est-il que la plupart des personnages ajoutés par Raphaëlle Paupert-Borne ont l’air de s’amuser. Certains sautent de la mezzanine, d’autres se vautrent dans les fauteuils, d’autres encore grimpent sur les lits. Ceux qu’elle a peints… sur du papier peint encadré, n’ont pas l’air de s’ennuyer non plus. Scènes d’amour, d’accouplements et de jeux érotiques asphaltés sont cachées dans des cabinets particuliers ici et là, ou accrochés dans les petites chambres au plafond bas du deuxième étage. Le tout s’appelle « Bitume », presque comme Béthune et tout à fait comme goudronné.
Calme et exubérance
Si Raphaëlle Paupert-Borne installe des ombres noir coaltar, l’artiste qui la côtoie au centre d’art a préféré jouer la transparence. Didier Tisseyre fait dans le pellucide, le translucide et l’acidulé. Il a inventé des sortes de bonbons de cristal, créés en République tchèque et tout droit sortis de moules géants. Roses, verts, orangés… les créations savent changer de couleur pourvu qu’on laisse jouer la lumière autour d’elles. Les œuvres refusent de s’appeler sculptures même si elles sont en trois dimensions. L’artiste les nomme « objets » et ne s’attache qu’à polir les faces et non les côtés. Ce sont du reste les formes qui l’intéressent. Formes d’oiseau, formes de sein, formes de feuille… Elle sont tirées des petites aquarelles simples qu’il réalise, ou issues des grandes toiles sur lesquelles il a étendu plusieurs couches de peinture et dessiné des lignes, des calligraphies, des signes et des figures serrées, accolées. Jeu de variation et d’association. Le visiteur s’amuse à retrouver la forme de l’objet de cristal dans l’immensité du tableau. Didier Tisseyre aime les contrastes. Il offre autant de calme en trois dimensions qu’il sait proposer d’exubérance sur surface plane. Témoin, l’incroyable tenture luxuriante, composée de milliers de sequins et de perles de verre, accrochée dans le riche bureau du directeur.
Lab-Labanque, 44, place Clemenceau, ancienne Banque de France, Béthune
Tél. 03 21 63 04 70
www.lab-labanque.fr
Ouvert tous les jours de 14 h à 19 h. Entrée libre.
Marie-Pierre Griffon
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