
Parmi les surprises préparées par le festival international du film d’Arras, Où est la main de l’homme sans tête des frères Guillaume et Stéphane Maladrin, a une place de choix. Ce film belge un peu petit bijou ciselé pour ceux qui ont bien voulu se laisser perdre par les réalisateurs. Ceux qui ont accepté de ne pas tout comprendre et qui se seront laissés conduire dans le labyrinthe chaotique jusqu’à l’issue stupéfiante, auront été des spectateurs privilégiés. Éva est championne de plongeon, coachée par son père. Après un accident lors d’une compétition, elle tombe dans le coma. À son réveil, tout est différent. A-t-elle perdu la mémoire, la raison ? Son père est-il un danger ou est-elle elle-même une menace pour les autres ? Comment survivre aux relations familiales ? Qui est cet homme sans main ? Où est l’homme sans tête ? Et pourquoi le frère d’Éva ne répond-il pas au téléphone ? Le thriller est pesant, inquiétant, étouffant et servi par des comédiens qui n’aident pas à respirer. Cécile de France y est brillante en jeune fille tour à tour docile et rebelle, qui nous mène au bord de ses fantasmes. Ulrich Tukur qu’on a aimé dans La vie des autres et Amen de Costa-Gavras est flippant à souhait dans le rôle du père omnipotent et Bouli Lanners, le héros déjanté des Snuls de C+ Belgique, se fait touchant et tragique.
Un personnage qui a une place prépondérante dans la montée de l’angoisse et qui n’apparaît pas dans le casting est la basilique de Koekelberg, sise au nord de Bruxelles. C’est là que tout se noue, tout se dénoue. « Sans elle, il n’y aurait pas eu de thriller, explique Guillaume Maladrin. On a écrit le film pour cette basilique ! » Le monument qui a reçu la célèbre expo « Leonardo Da Vinci - The European Genius » est ici aussi lieu d’exposition. D’art plastique et de faits. Les frères Maladrin nous y proposent une plongée glaçante, en apnée. Une plongée recommandée à tous les spectateurs amateurs de peur en milieu familial. Encore faut-il attendre (avec impatience) que le film ait trouvé un distributeur français.
Marie-Pierre Griffon
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