![]() |
| La traversée d'Hénin-Liétard en 1930. |
Le 108e Paris-Roubaix qui se déroulera ce dimanche 11 avril 2010 devrait donner lieu à un superbe duel entre le Belge Tom Boonen et le Suisse Fabian Cancellara… Classique unique, quasi mythique, Paris-Roubaix a largement dépassé le cadre du simple événement sportif. C’est un phénomène de société, illustrant la lutte entre l’homme et les éléments (boue ou poussière, pluie ou vent, etc.). Entre l’homme et les pavés ! Et tout ça se passe dans le Nord. Mais il faut savoir que les plus belles pages de Paris-Roubaix se sont écrites dans le Pas-de-Calais.
En effet jusqu’en 1965, la course passait par Arras – juste après la terrible côte de Doullens -, Hénin-Liétard, Évin-Malmaison, Leforest ou encore Carvin. Avant la restauration des routes à grande échelle, les pavés se trouvaient d’ailleurs du côté d’Arras et Hénin-Liétard. Paris-Roubaix a ses historiens, Pascal Sergent et Michel Dargeton, qui ont publié aux éditions Coups de pédales une véritable petite bible de 370 pages… La première édition, le 19 avril1896, fut remportée par l’Allemand Josef Fischer. Avant le départ, le Lensois d'adoption Maurice Garin avait prévenu ses collègues : « De Paris à Arras, la route est trop connue pour que j’en parle. D’Arras jusqu’à Hénin-Liétard, c’est un splendide gravier. Quant à la partie pavée entre cette ville et Roubaix, sans être bonne, elle est parfaitement faisable. » En 1906, après la catastrophe de Courrières (le 10 mars), « le tonnerre gronde dans le bassin minier » et les organisateurs du 11e Paris-Roubaix le 15 avril ont préféré éviter ce secteur et filer vers Douai après Arras. Cette année-là, la victoire est revenue à Henri Cornet… né à Desvres.
En 1910, Paris-Roubaix retrouvait Hénin-Liétard et Carvin. La Grande Guerre vint semer la mort et le chaos dans le Nord et le Pas-de-Calais. La course fut de retour le 20 avril 1919. « Le parcours ne donne guère le moral, écrivent Sergent et Dargenton. La course traverse les champs de bataille de la Somme. On doit même délaisser Arras pour filer de Doullens vers Béthune en passant par Frévent et Saint-Pol-sur-Ternoise. La route est impraticable. Les cratères de bombes et les arbres calcinés font figure de décor. C’est « L’Enfer », selon l’expression d’un journaliste lors de la reconnaissance du parcours. Le terme restera. »
Et chaque année, le dimanche de Pâques voyait tous les jeunes – et moins jeunes – passionnés de cyclisme foncer vers l’Arbret le hameau de Bavincourt, Arras, Bailleul-Sir-Berthoult, Arleux-en-Gohelle ou Hénin-Liétard - avec la fameuse rue de Drocourt qui était bordée à droite par un fossé boueux et à gauche par des crêtes où se massaient les spectateurs. Face à la rue Florent-Évrard commençaient les pavés et « l'enfer du Nord » - pour applaudir les champions. Beaucoup de vocations sportives sont nées au bord des routes de Paris-Roubaix. Et notamment au bord de la route nationale 25 entre Doullens et Arras. Le règne du goudron mettra un terme à la belle histoire entre la classique et le Pas-de-Calais. En 1966, le parcours est « diaboliquement » rénové : le départ est situé à Chantilly, le tracé déplacé vers l’est où se trouvent de nouvelles portions pavées.
SR : Chr. Defrance / Photos : Collections Dargenton et Sergent
URL courte : www.echo62.com/actu2717
