Cinq minutes. Il ne faut pas plus de cinq minutes pour qu’un valide s’asseyant dans un fauteuil roulant se rende compte à quel point il est difficile pour un handicapé de circuler en ville. Pareil pour un non voyant.
Il faut bien dire les choses. Pas grand-chose a été fait toutes ces dernières années. En tout cas rien qui entre dans une politique globale de grande envergure Bien sûr, ici est là un plan incliné, un ascenseur, ont été installés pour accéder aux services publics, au théâtre, au cinéma, au stade. Mais si vous voulez aller, par vos propres moyens, de la mairie au commissariat de police, bonjour la galère. Bordures de trottoirs insurmontables, trottoirs inexistants, voitures mal garées, poubelles mal rangées, cheminements obstruées. Et pourtant, plus de 30 % de la population est ou sera concernée par un handicap, passager ou définitif.
Ce thème, extrêmement large, était l’un de ceux abordés lors de la dernière assemblée du CAUE (conseil en architecture, urbanisme et environnement) du Pas-de-Calais qui était organisée à Bruay-la-Buissière. Les interventions qui ont été faites à cette occasion, les spots qui ont été projetés, témoignaient des aménagements qui, ici et là, sont faits. Mais d’évidence, le chantier qui s’ouvre est immense. Pour que tout soit bien comme il faut des dévers des trottoirs qui ne doivent pas excéder 2 %, des pentes à monter ou à descendre qui ne font pas plus de 5 % et avec un minimum de ressauts, des passages piétons et des cheminements clairement identifiés sur les chaussées, des répétiteurs de feux piétons pour personnes aveugles et malvoyantes, une main courante sur tout escalier de plus de trois marches, etc. Autant d’aménagements réalisables, parfois généralisés dans de petits états comme Jersey ou Guernesey, mais très limités chez nous.
La loi oblige aujourd’hui à s’intéresser au problème. Tout doit être pris en compte pour garantir la liberté d’accès de tous, à un espace public de qualité. Tout élément de mobilier urbain, par exemple, doit pouvoir être détecté par un non ou un mal voyant.
Aujourd’hui, toute commune de plus de 5 000 habitants « doit créer une commission pour l’accessibilité composée notamment des représentants de la commune, d’associations d’usagers et de personnes handicapées ». Toute intercommunalité de 5 000 habitants qui a parmi ses compétences les transports et l’aménagement du territoire, doit également se plier à l’obligation. Pour l’instant, l’heure est à la concertation, en espérant qu’elle ne dure pas des décennies. Le CAUE du Pas-de-Calais est prêt à répondre aux interrogations des collectivités. Il vient aussi d’éditer un guide « La Rue autrement », outil utile à la réflexion.
Notre photo : pour un valide rouler en fauteuil dans la rue peut être amusant... 5 minutes.
Texte et photo : Philippe Vincent-Chaissac
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