
Roger Seron est pédicure pour bovins, en quelque sorte « le médecin du sport des vaches ». Domicilié à Berneville, il arpente les routes du Nord - Pas-de-Calais voire celles de la Somme pour venir au secours de ceux qu’il considère comme des sportifs de haut niveau.
« Si un athlète n’est pas bien dans ses chaussures, il peut se blesser, c’est la même chose pour les bovins. Si leurs pieds ne sont pas en bonne santé, les vaches ne manifestent plus leurs chaleurs, elles se couchent, risquent la mammite, maigrissent, et leur production de lait chute ». Fou de son métier, il soulage depuis près de vingt ans les bestiaux, et les éleveurs indirectement. Les conditions de travail ne se révèlent pas toujours amusantes, mais le métier est ô combien gratifiant. Pas de place pour la routine, jamais le même animal ni le même éleveur. Tous les pieds sont différents, à chaque fois c’est une surprise, bonne ou mauvaise.
Ce qui intéresse notre pédicure un peu spécial c’est l’aplomb de l’animal. En d’autres termes il s’agit d’équilibrer la répartition du poids sur les appuis du bovin en égalisant onglon interne et externe, prévenir d’une possible infection des tissus, ennuyeuse et très douloureuse, qui plus est synonyme de boiterie. Si Roger Seron prend des allures de barbare quand il meule avec son outil d’une grande marque allemande dont on taira le nom, on s’aperçoit très vite de son amour sincère pour les bovins. 
Il parle aux vaches plus délicatement que certains ne parleraient à leur femme : « Viens par là ma poule […]ma voix grave les rassure ». Interdiction de brusquer l’animal, il faut lui laisser le temps de s’adapter à une situation stressante, de prendre ses repères. Et puis on imagine facilement le bienfait. La vache ne souffre pas puisqu’il ne s’agit que d’éliminer la corne nécrosée, nettoyer au besoin avec un antiseptique naturel, du goudron de Norvège. Intervenir rapidement mais prendre son temps pour chaque tête de bétail, tel est son credo. Se renseigner sur l’animal, sa génétique, son environnement, choisir l’endroit le plus adéquat pour travailler… Autant de précautions et d’attention pour chaque bête, qu’elles soient deux, dix ou vingt, c’est la même chose, un petit coup de rénette pour la finition et revoilà la bête sur quatre pieds en bonne santé. Un amour pas vache du tout.
texte et photos: A. Top
URL courte : www.echo62.com/actu2251
