Lundi 19 mai 2008, la nuit est tombée, une activité peu banale règne au centre du village. Un groupe d’hommes parvient à l’aide d’échelles et de cordes à mettre debout un peuplier coupé dans le bois de Bourlon ! Il va rester un an de long à l’endroit même où Saturnine aurait eu la tête coupée par un prétendant au IXe siècle (ou au VIIIe ?). Invoquée depuis la nuit des temps pour la protection du bétail, sainte Saturnine protège aussi depuis trente ans les relations entre Sains-lès-Marquion et Neuenheerse, commune allemande où elle aurait vu le jour. D’ailleurs, pour l’anniversaire de la sainte en mai dernier, 48 Allemands avaient fait le déplacement ! Et se souvenir que les reliques de Saturnine retournèrent en Saxe en 887.
« Au départ, c’était une histoire paroissiale, explique le maire Guy de Saint-Aubert, à laquelle tenaient beaucoup mon père Jean de Saint-Aubert - qui fut aussi premier magistrat du village - et ma mère, Madeleine. » Fidèles allemands et français se retrouvaient régulièrement autour de Saturnine. La tradition la fait donc naître à Neuenheerse. Fille d’un roi de province, elle avait reçu le nom d’une sainte romaine. À douze ans, elle fit le vœu de consacrer sa vie à Dieu ; mais à vingt ans ses parents voulurent la marier à un seigneur. Elle s’enfuit donc, arrivant à Sains-lès-Marquion et devenant servante de ferme. Mais le prétendant la poursuivait, il la retrouva l’entrée du village (aujourd’hui la Croix de Sainte-Saturnine), essuya un nouveau refus et lui coupa la tête. Puis il alla se noyer dans une fontaine à la sortie du village. Miracle : Saturnine se releva, prit sa tête dans ses mains, se dirigea vers l’église et mit la tête sur l’autel. Son corps devint inerte... En cours de chemin, elle avait place la tête un instant sur une pierre -dolmen druidique - en guise de dernier sacrifice humain. Auparavant encore quand le prétendant la coursait, la sainte s’était cachée au milieu de ses bêtes et planté dans le sol sa houlette. Houlette qui verdit et fleurit l’année suivante : fait qui donna naissance à la tradition de l’arbre hissé au cœur du village. Sainte Saturnine, dont l’existence est parfois mise en doute même par des historiens catholiques, fait partie de ces saints guérisseurs derrière lesquels se nichent profondément des cultes celtiques et germaniques : ceux des sources, des arbres et des pierres. Aujourd’hui l’histoire paroissiale cède la place à l’histoire européenne ! Une association Sainte Saturnine a été créée et en mai 2004, Bad Driburg (communauté de dix communes, dont Neuenheerse) et Sains-les-Marquion ont officialisé un partenariat. Un jumelage qui va bien au-delà des considérations mystiques, légendaires, et se traduit par des échanges entre associations, entre chasseurs, entre particuliers. « De nombreux Allemands viennent passer leurs vacances chez nous », précise Guy de Saint-Aubert. Sans laisser de côté le domaine de l’éducation : grâce à cette amitié, le collège public de Marquion a tissé des liens avec le Gymnasium de Bad Driburg et le collège Saint-Joseph de Bourlon correspond avec le Gymnasium Sankt-Kaspar. Pour marier la tradition et la construction européenne sans avoir recours à la décapitation !
Si vous maîtrisez la langue allemande, vous saurez tout Sainte Saturnine en allant sur le site Internet : http://sankt-saturnina.de
Légende : Un jumelage important pour les jeunes des deux communes.
Chr. Defrance / Photo : www.neueheerse.de
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