![]() |
| Les réunions sont l'objet de débats sur les actions menées par K-d'Abra sur le territoire. |
Sur le territoire rural de Pernes-Heuchin, l’association K-d’Abra mène des actions d’émergence de projet de vie en direction de familles bénéficiaires du RSA, avec le soutien du conseil général du Pas-de-Calais. Sur une année, quelque cent cinquante personnes sont ainsi accompagnées (familles monoparentales ou recomposées pour la plupart). La référente RSA de K-d’Abra, Corinne Delbeck peut ainsi mettre évidence les difficultés rencontrées au quotidien par ces gens, des problèmes qui constituent de véritables freins à l’insertion sociale et professionnelle. Et pour garder aux gens leur dignité, leur donner envie de s’en sortir, il n’y a guère mieux que des projets collectifs. Des sujets comme la parentalité, la mise en place d’une activité de découverte du territoire, le covoiturage... ne manquent pas.
Dans son fonctionnement, K-d’Abra a une particularité dont son président, Jean-Paul Delbeck est assez fier : « Nous allons chez les gens. Ça permet de voir les réelles difficultés des familles, leurs conditions de vie, les problèmes de logement, de chauffage, de déplacement… Avec un taux d’efficacité très important ».
Ainsi, le problème de la parentalité a été travaillé à partir de plusieurs cas dont en particulier celui d’une enfant dite « hyperactive » dont l’entourage était un peu débordé et déboussolé. Les différentes rencontres entre parents ont rapidement débouché sur la création d’une association de type loi 1901, LEA (Lieu Enfants Adultes), soutenue par K-d’Abra et aujourd’hui membre du REAPP62 (Réseau d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents du Pas-de-Calais). Le conseil d’administration est composé de bénéficiaires du RSA, de membres de K-d’Abra, de partenaires comme le CAMSP (centre d’action médico-sociale précoce) ou encore le CMPP (centre médico-psycho-pédagogique) au titre de l’association tutélaire PEP (pupilles de l’enseignement public). Un groupe de parole, animé par un psychologue, réunit jusqu’à une dizaine de personnes une semaine sur deux. Des ateliers parents-enfants peuvent rassembler jusqu’à une trentaine de participants encadrés par des professionnels ou des bénévoles sur des thèmes variés, le premier ayant été consacré à la cuisine et beaucoup d’autres étant programmés. « Ici on apprend beaucoup de choses » dit une jeune femme. « Ça m’aide à vaincre ma timidité » dit une autre personne. « On forme un bon groupe » renchérit un autre lors de l’une des réunions hebdomadaires de K-d’Abra.
Iterasinier, métier d’avenir
Mais du côté de K-d’Abra, on ne s’arrête pas là, loin s’en faut. Jean-Paul Delbeck et son équipe, bien aidés aussi par les collectivités locales qui mettent des locaux à leur disposition, fourmillent d’idées. À tel point qu’ils vont donner naissance à un nouveau métier à travers une autre association créée sur le même principe que LEA, Territoires en marche, qui devrait déboucher sur cinq emplois, là aussi avec le soutien du conseil général. « Il s’agira d’iterasiniers, c’est-à-dire de gens initiés à la connaissance de l’âne, à son entretien, à sa conduite. Ces personnes recevront aussi une formation sur l’orientation, sur les chemins de randonnée, sur la marche nordique, sur le patrimoine. Nous comptons ainsi pourvoir développer une activité de tourisme qui n’existe pas encore sur le territoire Pernes-Heuchin. Et pourquoi pas profiter des retombées de l’ouverture du Louvre-Lens dont certains visiteurs voudront découvrir la région » s’enthousiasme Jean-Paul Delbeck. D’ores et déjà, l’association Territoires en marche est assurée de disposer d’un terrain pour parquer les ânes à Heuchin et d’un local à Lisbourg. Voilà un projet en bonne marche.
And’Co, la cinquième roue
Cependant, les bénévoles de K-d’Abra ont été interpellés par le manque de transports en commun dans le secteur Pernes-Heuchin et même Saint-Pol-sur-Ternoise. Peu de bus ni de liaisons ferroviaires entre les principales communes, encore moins entre les villages. D’où des difficultés de déplacement qui handicapent beaucoup de personnes, notamment les bénéficiaires du RSA souvent démunis de moyens de locomotion. L’idée de promouvoir le covoiturage sur le territoire est née de ce constat et a débouché sur la création de l’association And’Co, la 5e roue, inspirée de Voisine, une structure du même type qui existe déjà en Ariège et qui a accepté de mettre son expérience à la disposition des Ternésiens, notamment un logiciel de gestion de l’offre et de la demande.
« Pour l’instant, on est encore à la phase d’étude » précise Jean-Paul Delbeck. « Des personnes de l’association rencontrent actuellement les professionnels et la population dans le cadre d’un sondage pour identifier les besoins, les trajets les plus demandés, les réticences qui peuvent être exprimées. Certains sont d’accord mais pas à n’importe quelle condition. Pas question de fumer dans leur voiture, de prendre un animal, ni de mettre les pieds sur les sièges… il faudra sans doute une sorte de code de bonne conduite. Je pense que tout cela peut se mettre en place sans grands moyens financiers».
Selon le président de K-d’Abra « on n’invente rien. Une cinquantaine d’années en arrière ou plus, il y avait toujours une voiture ou une charrette pour embarquer quelqu’un marchant sur le bord de la route. En fait, avec le covoiturage, on recrée du lien et on apporte une qualification sociale aux bénéficiaires du RSA impliqués dans le projet ». Pour Jean-Paul Delbeck, il est vrai, le Co de And’Co ne signifie pas seulement covoiturage, c’est aussi tout ce qui découle d’une telle initiative, comme par exemple la mise en place d’un réseau de personnes relais pouvant travailler de chez elles, par internet, pour gérer l’offre et la demande.
Des entreprises (dans le cadre de leur plan de déplacements), des associations, des communes ont déjà montré leur intérêt pour le système envisagé. Du côté des particuliers, l’idée fait son chemin. On comprend d’autant mieux que le prix des carburants est à la hausse.
D’autres projets
K-d’Abra a encore sur le feu plusieurs projets, toujours dans le même esprit. À commencer par la 6e compagnie, sur Pernes, dont l’objectif sera d'aider à des personnes d’être recrutées sur un poste (par exemple en service d’aide ménagère ou dans une entreprise d’insertion) en es accompagnant pour trouver un moyen de locomotion, pour soigner leur apparence… Leur apporter un portefeuille de références (qui fait souvent défaut), est aussi un axe du projet en leur permettant de montrer leurs compétences lors de très courts stages (une demi-heure ou une heure maximum) chez des professionnels ou des particuliers acceptant de jouer le jeu. Remettre ces personnes sur le chemin de l’emploi, si possible en CDI à terme, est bien le but recherché.
Sur le secteur de Saint-Pol-sur-Ternoise, une association dont le nom n’est pas encore choisi, envisage d’organiser toute activité pouvant rapporter un peu d’argent (couture, bricolage, jardinage…) avec l’objectif de financer un déplacement enfants/parents.
Association K-d’Abra, 7 rue de Marest, hameau de La Ferté à Pernes-en-Artois. Contact : 06 58 40 67 41.
Texte et photo : Bernard Queste
URL courte : www.echo62.com/actu3277
RSA | Heuchin | Pernes | covoiturage | Pas-de-Calais | social | solidaire |
