
L’incendie des 11 et 12 septembre 2008 – il a duré vingt heures ! – dans le tunnel sous la Manche ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir pour Eurotunnel. Dans la nuit du 9 au 10 février, à 0 heure : « Nous aurons un retour à une pleine capacité opérationnelle », a répété hier avec soulagement Jean-Pierre Trotignon, directeur général délégué, devant les journalistes invités à découvrir la dernière phase des travaux. Pendant plus de deux heures, photographes et cameramen ont œuvré « sur le terrain » dans cet intervalle 6 du tunnel ferroviaire nord (le plus proche de la France, à 11 kilomètres du portail) où le feu avait commis de gros dégâts… nécessitant de grosses réparations.
Et là, Eurotunnel ne cache pas sa fierté : « Nous avons réalisé ces travaux, en toute sécurité, dans des délais records (trois mois et demi) et en deçà des coûts prévus (60 millions d’euros au total) », dit J.-P. Trotignon. Et ce n’était pas une mince affaire que de réparer le plus vite possible en mobilisant « le meilleur de l’ingénierie » pour « réexploiter le plus vite possible ». Incendie éteint, cinq intervalles sur six du tunnel étaient rouverts au bout de quinze jours, Eurotunnel ne retrouvant toutefois que la moitié de sa capacité antérieure. Navettes et Eurostar durent se limiter aux 100 kilomètres à l’heure contre 140 et 160 auparavant… « Nous avons rempli au maximum le peu de navettes dont nous disposions. »
Chantier sous la Manche
Une fois l’enquête judiciaire achevée, les travaux débutaient dans cet intervalle 6, le 18 octobre, avec l’évacuation des gravats et la création d’une piste routière : 3 200 tonnes de ballast, carrément ! « Une arme secrète » pour favoriser la logistique de l'opération. Durant le mois de décembre et jusqu’au 9 janvier, 4 000 tonnes de béton ont été projetées puis lissées sur les 650 mètres de parois touchés par le feu. Suivit la pose de tous les équipements : « Une centaine d’équipements divers qui ont brûlé et qu’il fallait refaire un à un », a précisé Jean-Pierre Trotignon. Câbles électriques, tuyauterie, etc. : cet imposant chantier sous la Manche a mobilisé jusqu’à cinq cents ouvriers, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L’indispensable caténaire – 6 câbles sur 3 600 mètres – a été posée entre les 25 et 28 janvier ; les rails seront remplacés aujourd’hui et demain (29 et 30 janvier). En somme devant les journalistes français et anglais, Eurotunnel pouvait affirmer : « Le tunnel est presque prêt ».
Naturellement, tous les équipements seront testés avant le « 0 heure » du 9 au 10 février. « Nous devons tirer les enseignements de l’incendie pour toujours et encore renforcer la sécurité, ajoute le directeur général délégué. Nous aurons ainsi le souci de détecter tout camion présentant un danger potentiel et nous ferons un effort de communication en direction des routiers. » Communication, le mot est lâché. Les « commerciaux » ont maintenant la parole, Eurotunnel sait qu’il y aura beaucoup de clients à partir du 13 février… synonyme de vacances pour les Britanniques et de week-end de la Saint-Valentin.
Finalement, l’incendie n’aura qu’un faible impact financier : « Mais heureusement que la société est très bien assurée, car nous perdons un million d’euros par jour… » Soit une facture de 200 millions, si l’on ajoute le coût des travaux et la navette brûlée.
Une chose est sûre et Eurotunnel ne manque pas de le rappeler, le tunnel sous la Manche reste au firmament de la sécurité… malgré deux incendies « sérieux » les 18 novembre 1996 et 11 septembre 2008 : « Pas un mort, pas un blessé grave en quinze ans de fonctionnement et 14 millions de camions, 30 millions de voitures ».
Légende : Un impressionnant chantier sous la Manche, mené à une vitesse record.
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Christian Defrance / Photos : Jérôme Pouille
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