
Sa passion pour « l’univers du film » est née à Proyart dans la Somme, où le centre de vacances CCAS - Caisse centrale d’activités sociales - de l’EDF se tournait résolument vers l’audiovisuel. « On filmait tout et je me suis pris au jeu », se souvient Jean-Pierre Denne, technicien et militant syndical puis secrétaire général des activités sociales du centre d’Amiens. « Le virus m’a atteint autant que les jeunes ! » Il a ensuite participé à la fondation du festival audiovisuel de la CCAS, puis rejoint deux « copains » aussi mordus que lui, Pascal Crépin et Daniel Arrachart, au sein de l’association Mine de Rien, avec l’ambition de sauvegarder la Mémoire avant que les témoins ne disparaissent.
« On me poussait un peu à filmer, j’avais une fiction sous le coude. Repoussée à cause de problèmes de santé. » Daniel Arrachart le remet à la caméra en lui proposant, à la fin de l’année 2007, de retracer le « parcours atypique » de son grand-père, Jean Catelas, figure emblématique de la Picardie, de la Résistance, du Parti communiste, de la CGT. Jean Catelas, guillotiné le 24 septembre 1941 à la prison de la Santé sous le régime de Vichy. « O.K. on y va ! Mais personne ne se doutait du travail énorme qui nous attendait ». Dix-huit mois. Retrouver et interroger des témoins. Archives, lettres, journaux, musées, historiens… Jean-Pierre Denne, originaire d’Achiet-le-Grand, n’a rien laissé au hasard, jouant à fond la carte de l’honnêteté pour, durant 54 minutes, parler et faire parler de cet homme « qui voulait que le vie soit meilleure et libre ».
Jean Catelas voit le jour à Puisieux (Pas-de-Calais) le 6 mai 1894 dans une famille de paysans. Cet ouvrier bonnetier a vingt ans quand éclate la Grande Guerre. « Il sera un bon soldat, un bon patriote », explique J.-P. Denne. La Somme, Verdun et la Croix de guerre. Après l’Armistice, il entre aux Chemins de fer du Nord à Amiens. Garde-frein puis chef de train. Syndiqué à la CGT, Catelas rejoint la section française de l’Internationale communiste à l’heure du Congrès de Tours en 1920. « C’est un tribun, une voix grave inoubliable. » Dirigeant du parti Communiste français, le cheminot est élu député d’Amiens en 1936 lors de l’avènement du Front Populaire. « Et 25 000 personnes pour un meeting à Amiens. »
Film et DVD
Jean Catelas trace son chemin, « un brave type », dit un témoin dans le documentaire. « Un homme fidèle à son parti… mais on ne lui aurait pas fait avaler des couleuvres ! » Très attaché aux Droits de l’Homme, il s’engage dans les Brigades internationales durant la Guerre d’Espagne : « le dernier à quitter ce pays, en compagnie de la Pasionaria ! » Accords de Munich, pacte germano-soviétique : Catelas se pose beaucoup de questions, a des intuitions mais il reste un militant discipliné. Négocie avec les Allemands la reparution du journal L’Humanité puis entre dans la clandestinité en restant à Paris. Avec Gabriel Péri, il veut restructurer le parti Communiste. Un homme courageux. Dénoncé, il est arrêté, jugé par le régime de Vichy. Montant sur l’échafaud le 24 septembre 1941, Jean Catelas crie « Vive la France ». En 1944, il sera avec Guy Môquet, le seul militant communiste à recevoir la Médaille de la Résistance française, à titre posthume, attribuée par le général de Gaulle. Et 10 000 personnes assisteront à ses funérailles le 14 octobre 1945 à Amiens.
« Jean Catelas » est un film documentaire sobre et poignant. « Une histoire d’homme pour raconter la grande Histoire », résume Jean-Pierre Denne. Après le Festival international du film d’Amiens en novembre, les Rencontres de l’image et du multimédia des énergéticiens à Merlimont en mars, ce documentaire sera présenté le 26 avril à 20 h 30 au Cinémovida à Arras dans le cadre du salon du livre d’expression populaire et de critique sociale. Puis à Foix cet été et au festival de cinéma de la CCAS au cœur du festival de Cannes en 2010…
Il y a des rues Jean-Catelas un peu partout en France et pourtant la vie du député, syndicaliste, résistant est peu connue. Le film est là pour combler cette lacune historique. Et Jean-Pierre Denne se tourne vers un nouveau projet : les mineurs à La Napoule. Une autre histoire d'hommes.
Le documentaire est disponible en DVD (18 euros).
Contact : Jean-Pierre Denne, tél. 09 79 31 04 08.
Chr. D. / Images : Mine de Rien
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