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| Le baron et le maire de Wismes en août 2001. |
Les journaux nantais ont largement évoqué le décès cet été – dans la nuit du 27 au 28 juillet – d’Armel de Wismes, baron, historien, raconteur d’histoires, gentilhomme, « personnage hors du temps ». Âgé de 87 ans, le baron Armel de Wismes avait des attaches très particulières avec le Pas-de-Calais… En août 2001, le baron découvrait Wismes ! Rencontre avec la terre des ancêtres que L’Écho du Pas-de-Calais avait alors suivie.
« Depuis son vétuste appartement nantais, il observe d'un œil très sarcastique le camp des altesses sérénissimes guerroyant contre les paparazzis, puis la tente des comtes et marquis incapables de résister aux sirènes des soirées branchées... Sa noblesse n'est pas du même acabit ! Resté fidèle aux vertus de la chevalerie, il préfère aux points de vue crépitant dans les salons, les petites auberges de pays. Mais ce chevalier "toujours en retard d'un demi-siècle sur beaucoup de choses" aura attendu 79 ans pour fouler le sol du village où ses aïeux ont fondé une baronnie en 1759 : Wismes.
Le baron Armel de Blocquel de Croix de Wismes a enfin cédé aux prières de Jean-Luc Hochart, le maire de la commune ! Il a aussi profité des avancées ferroviaires (NantesArras d'une seule traite !) pour découvrir à la fin du mois d'août, le petit hectare de terre dont il est toujours propriétaire, la motte féodale qu'il s'est évertué à faire "classer" afin que le site où s'élevait le château familial fût à jamais protégé... Demeure que l'arrière-grand-père, pourtant passionné par les vieilles pierres bretonnes et vendéennes, laissa tomber bien trop vite. Cette croisade wismoise fut aussi l'occasion de présenter la quatrième édition d'un ouvrage qui fit naguère entrer le baron dans le cercle des historiens réputés et couronnés de prix, Ainsi vivaient les Français.
Raconteur d'histoires
Historien, ou plutôt "promeneur dans le passé", romancier d'aventure, peintre, illustrateur, conférencier "assez bavard", Armel de Wismes a vite séduit l'aréopage wismois composé d'habitants, d'élus et de journalistes. Il est revenu sur le fabuleux destin de cet ouvrage Ainsi vivaient les Français, "huit siècles de grande Histoire et de vie quotidienne", écrit à partir des archives de la maison de Blocquel de Wismes, conservées depuis le Moyen Âge qui sont parmi les plus belles de France, et dont le baron est l'actuel dépositaire. "Quatre pièces pleines d'archives au quatrième étage de mon appartement. Mes premiers ancêtres étaient autour de l'évêque de Cambrai. Au fil des alliances, nous nous sommes retrouvés à Arras, Wismes, puis à Paris et en Bretagne après la Révolution. Ma famille a toujours eu une grande curiosité d'esprit, ainsi ces archives sont passées de génération en génération". Inventaires, sceaux, lettres, reçus, cartes, convocations, autographes, menus... ont permis au baron de "recréer la vie " des seigneurs de Wismes, mais aussi celle des paysans, des bourgeois, des domestiques. "L'histoire, ce n'est pas une salle de dissection, un musée où les objets sont là comme des enfants trouvés" dit-il. C'est un corps très vivant dont le cœur bat au rythme des mentalités et des petites histoires... Celles que notre baron raconte à merveille ! "Cela me permet de faire coïncider le plaisir avec le travail, d'assurer une vocation et sûrement pas une carrière professionnelle."
Il n'est pas riche, connaît à peine la "sécu " ; il est "heureux comme ça ", n'enviant pas ces "faux nobles" (les trois quarts des titres portés en France) qui ont troqué l'idéalisme chevaleresque contre le réalisme médiatique. Armel de Wismes n'a pas de descendants directs, lors que vont devenir ces "kilos" d'archives ? "C’est une question que je commence seulement à me poser. J'ai encore le temps, je suis dans l'arrière-saison de ma toute dernière adolescence!" Éclats de rire, anecdotes, citations et le baron nantais a "emballé" les Wismois. Il a promis de revenir dans ce village "très beau, très harmonieux, véritable couronne de verdure"…
Le maire et le baron
Lycée féru d'histoire locale, toujours pendu à la bibliothèque de Saint-Omer, Jean-Luc Hochart apprend dans les années 60 (par l'intermédiaire du curé du village, l'abbé Vanvincq) qu'il y a à Nantes un historien très original, "un peu pirate", qui possède des armoires pleines d'archives concernant le passé wismois... Jean-Luc écrit à Armel de Wismes puis lui rend visite en auto-stop. "Ça m'a touché" raconte le baron. Le jeune homme a pu consulter les trésors de la famille de Blocquel de Wismes, il a même fait un peu de rangement, dans un appartement où il n'y avait pas de chauffage. Le lycéen est devenu professeur d'histoire puis maire de Wismes, le baron est devenu son ami. Tous deux "recréent la vie" : l'un à partir de ses lettres, l'autre à partir de pépins (le maire a sauvé plus de deux cents espèces de pommes). Deux chevaliers qui galopent dans la même direction, en faisant fi de la "lutte des classes".»
Source : L'Écho du Pas-de-Calais, numéro 27, octobre 2001
Christian Defrance
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