Maxime, Pauline, Mathylde, Cindy, Nicolas, Florent, Amandine… et Julien le photographe sont aussi fiers qu’étonnés. Ils ont remporté le désormais célèbre concours Claude-Érignac. « Face à des lycées, on n’aurait pas imaginé gagner ! » Leur sincérité a touché les membres du jury. Ces jeunes de 13 ans du collège René-Cassin de Loos-en-Gohelle ont gagné mille euros qu’ils ont proposés aussitôt à une association humanitaire. Lauréats ex-aequo avec la classe de 1re Bac pro secrétariat du lycée professionnel Jean-Moulin à Brebières, ils ont, de très belle manière, travaillé sur le thème du concours « Les hommes construisent plus facilement un mur qu’un pont »…

Le préfet Claude Érignac a été tué le 6 février 1998 à Ajaccio. Au lendemain de sa mort, sa femme, ses enfants et des proches ont créé une association qui porte son nom afin de « perpétuer sa mémoire et faire connaître les valeurs qui guidaient ses actions… » L’homme possédait un petit carnet dans lequel il notait les citations qui lui tenaient à cœur. Chaque année, dans les académies où il a travaillé, un concours scolaire est proposé à partir d’une de ces phrases. Cette année, Malraux a guidé les travaux. Il s’agissait pour les élèves de mener une analyse, d’entamer une réflexion, de soumettre des mesures et propositions… autour de la citation. Tous les supports étaient acceptés, textes, photo, poésie… les jeunes de Loos-en-Gohelle ont préféré la vidéo.
Les murs d’incompréhension
La professeure d’histoire qui a encadré les jeunes, Sylviane Roszak, a imaginé leur faire faire des recherches sur les murs construits par les hommes, « mais le sujet passait au-dessus de leur tête… » Les collégiens ont préféré travailler sur d’autres murs, plus abstraits certes, mais sur lesquels ils butent dans leur quotidien d’adolescents : les murs d’incompréhension, les murs qui excluent le hors-norme, le différent, l’intello, le handicapé, le gros, et le « cassosse », comprenez celui qui ne porte pas de vêtements de marque ! Oui. Avec finesse et générosité, ils ont réfléchi sur ces murs-là, et au cours de leurs « tables rondes », ils ont filmé leurs réflexions, leurs discussions. Ils étaient guidés également par la CPE Séverine Lhermitte, soutenus par la direction du collège et notamment par le proviseur-adjoint Pascal Thomas. « L’établissement s’est toujours construit un axe fort autour de la citoyenneté, la solidarité, la résistance, » dit l’homme. On le sait, on doit régulièrement au collège des gestes de solidarité internationale, des prix au concours national de la Résistance et de la Déportation, et surtout une aventure remarquable à l’origine de trois reconnaissances de Justes… À chaque fois les travaux sont accompagnés par Sylviane Roszak, « très impliquée dans la vie associative, qui fait le lien entre la pratique pédagogique et l’éveil éducatif, qui apprend à regarder l’autre, qui apprend à aider son prochain ». Ce sont les mots du proviseur-adjoint.

Pour reboiser Sampiéri
En deuxième partie, les jeunes se sont attardés sur la façon d’abattre les murs. « Malgré leur jeune âge ils ont montré qu’ils étaient capables de faire des ponts, » sourit leur professeure. Ils ont évoqué les actions que certains collégiens mènent aux Restos du cœur, ont interviewé la présidente, ont parlé des collectes de jouets, ont mis en exergue les liens qui étaient tissés entre les générations, en particulier avec le Foyer de personnes âgées et dans l’association Loos Ch’tricote. Les jeunes et les seniors ont créé bout après bout des couvertures géantes. Ils en ont couvert leur terril voisin - le plus haut d’Europe-, ont entouré la pelouse du stade Bollaert…
Les ados volontaires ont ainsi partagé les 2 000 euros de prix avec le lycée professionnel de Brebières. Ils ont réinvesti aussitôt la somme dans une œuvre caritative. Cela faisait partie du contrat. L’argent a été offert à l’excellente association Loos N’Gourma qui soutient à Sampiéri (Burkina Faso) un projet de reboisement. La situation y est grave. Le désert avance, les habitants coupent le bois pour cuisiner. Il faut les aider à semer, protéger les pousses, acheter des arrosoirs, leur apprendre à défendre l’environnement. Béatrice Bouquet, présidente de Loos N’Gourma, a déjà remis l’argent et promet, à son prochain voyage, des photos, des nouvelles.
« On parle beaucoup des jeunes qui font des bêtises, reproche Pascal Thomas, et non de la majorité des gamins et des gamines responsables qui seront les citoyens de demain… » C’est réparé.
L'Écho du Pas-de-Calais n°122
Janvier-Février 2012
URL courte : www.echo62.com/article4293
