Francis Peduzzi, le directeur de la scène nationale Le Channel, dit de lui que « c’est sûrement l’artiste de cirque le plus important de ces vingt dernières années ». Pour être resté médusé, stupéfait, émerveillé, depuis son premier passage à Calais en 1995 (« Où ça ? ») on acquiesce. Johann Le Guillerm marque les esprits, à jamais. Avec la Cie Cirque ici qu’il a inventée, il est revenu au Channel en 2003 pour créer « Secret ». Depuis juin 2011, il a de nouveau posé ses poulaines métallisées sur le sol calaisien. Le voici en résidence à construire un nouveau spectacle, « Secret - Temps 2 », et à installer une exposition dans la grande halle de la scène nationale, gigantesque « Parcours-installation Monstration » qui a fait rêver La Villette en début d’année.

« Il y a quelque chose de monumental dans sa proposition, souffle Francis Peduzzi. La mesure physique donne la mesure de l’ambition… » Curiosités foraines à mi-chemin entre la science et l’art, entre le rêve et le génie, les structures que Johann Le Guillerm a engendrées pour cette « Monstration » s’équilibrent autour du point, défiant les lois de la physique, de la nature, du monde. Ainsi La Motte, monstre minéral et végétal qui tourne sur lui-même ; l’Imaginographe ; le Chantier des machines à écrire des pommes de pin… « Des machines plus folles les unes que les autres ! »
L’univers singulier
Depuis juin dernier au Channel, le circassien s’attache à un travail de construction. Il invente ses propres agrès, des appareils, des outils inédits pour ses exercices, ses figures de poésie. Dans la poursuite de son œuvre, avec la même esthétique, il répète de nouveaux numéros. Il est toujours seul en scène. « Ce n’est pas l’homme d’une aventure collective, pose Francis Peduzzi, même s’il travaille avec une équipe, et qu’il travaille bien, mais c’est un taiseux. » Outre l’univers singulier qu’il a conçu, outre son allure à mi-chemin entre Iggy Pop et Lancelot, outre ses performances inouïes et la tension assortie, c’est bien sa solitude dans le cercle du cirque qui reste en mémoire. Il n’est que lui et c’est beaucoup.
L'Écho du Pas-de-Calais n°122
Janvier-Février 2012
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