À la fin du XIX

Coup de foudre aussi pour le couple Antoine, une Lilloise et un Agenais. D’autres, trois foyers anglais par exemple, les avaient précédés, touchés par la même grâce linoise. Bien accueillis par le maire, Jean-Marie Delmotte, par leurs nouveaux voisins, les « pièces rapportées » se sont très vite investies dans l’animation de ce village de deux cents âmes. « Nous avons proposé des choses différentes » explique J.-P. Boué… qui n’a pas perdu son bel accent « à la Gougaud ». Une bibliothèque a « poussé » en 2008, occupant très vite l’ancienne école abandonnée depuis quelques années. Dans cette bibliothèque (1 700 livres provenant de dons), Esther Antoine a monté les ateliers créatifs du mercredi pour les enfants. On fit du théâtre, des « grands » se prêtèrent aux jeux puis des anciens, les « Tamaloù ? », montrèrent le bout du nez. « Le comité des fêtes ne suffisait plus et le maire suggéra de créer une association » se souvient Jean-Paul. « Bien vivre à Ligny-sur-Canche » était née, déployant rapidement ses activités festives, sportives, culturelles et ludiques, patrimoniales.
La même longueur d’ondes
Une riche idée des « pièces rapportées » fut, en 2009, d’inciter des étudiants de l’Université d’Artois – Master pro mise en valeur du patrimoine – à retracer le passé de Ligny-sur-Canche. Un an et demi de travail pour sept étudiants, avec à la clé la fierté de mettre en exergue David de Brimeu, chevalier de la Toison d’Or, et une belle plaquette vendue afin de récolter des fonds pour restaurer l’église… La grande affaire municipale ! « Notre église, une des plus belles du coin, a souffert. Il faut la faire expertiser avant d’envisager des travaux ». L’expertise n’est pas gratuite, l’association vend des cartes postales, a organisé un concert avec Maurice Dalle. « On a toujours des idées » sourient Esther et Jean-Paul. Idées qui ne restent jamais sans suite. Avec le total soutien de la municipalité, « Bien vivre à Ligny-sur-Canche » a rénové la chapelle Notre-Dame-de-Mon-taigu ; l’association participe au sauvetage des grenouilles dans le marais avec le Conservatoire des sites naturels ; elle a balisé le sentier des Conteurs où se déroulent des balades… contées ; elle met à l’honneur le livre, la poésie ; elle initie les Linois aux conversations franco-anglaises ; pratique la gym douce ; rêve de remettre sur pied une course cycliste, etc. Ne reculant devant rien, le président Jean-Paul Boué a frappé à la porte du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour lancer une radio locale. Autorisation accordée pour deux mois et dans le cadre des Journées du Patrimoine. « Nous avons émis du 14 juillet au 2 octobre derniers sur le 107.1, le samedi après-midi et le dimanche matin, dans un rayon d’une dizaine de kilomètres » raconte Jean-Paul. Expérience très enrichissante pour Nicolas Delmotte et Sydney Viez, les jeunes animateurs, pour Jean-Paul devenu spécialiste de l’accordéon et de l’interview ! Radio Waligny – le nom de l’étang communal – pourrait émettre à nouveau en 2012 avec la complicité de la communauté de communes de la Région de Frévent. Mais l’antenne restera sur le toit de la mairie de Ligny-sur-Canche ! La municipalité et les « pièces rapportées » (c’est aussi le nom de leur troupe de théâtre) y tiennent autant que David de Brimeu tenait à son collier de la Toison d’Or. Radio Waligny apportera sans doute, comme la route de Frévent à Hesdin, de nouvelles pièces au dossier du « bien vivre à Ligny-sur-Canche ».
La Canche est très « Sage »
Situé dans le bassin-versant de la Canche, l'étang de Waligny recèle sur plus de deux hectares une mosaïque d'habitats à l'origine d'une richesse vivante, aussi bien animale que végétale. Dans les années 1950-1960, cet étang était beaucoup plus fréquenté qu'aujourd'hui. À l'époque, frênes, aulnes, noisetiers… ponctuaient le site et le réseau de sources et de fossés était déjà colonisé par le cresson des fontaines, souvent récolté par les habitants du village. Des peupliers avaient été plantés. Propriété de la commune depuis quelques années, le site est devenu un refuge exceptionnel de biodiversité.
Waligny est une des zones humides du bassin-versant de la Canche, zones identifiées après état des lieux et diagnostic comme un « enjeu majeur » par la Commission locale de l’eau chargée depuis 2000 d’élaborer et mettre en œuvre le Sage - Schéma d’aménagement et de gestion des eaux - de la Canche. Un Sage approuvé par le préfet du Pas-de-Calais le 3 octobre 2011, une « cérémonie d’approbation » ayant été organisée le 16 décembre au théâtre de Montreuil-sur-Mer. En deux mots, le Sage fixe les objectifs et les moyens permettant « de concourir au bon état écologique des masses d’eau » en s’appuyant sur un Plan d’aménagement et de gestion durable de la ressource en eau et des milieux aquatiques, sur un règlement et sur un atlas cartographique. Le Sage est applicable sur un périmètre incluant 203 communes pour une superficie de 1 274 kilomètres carrés. La Canche, longue de 85 km, est le plus important fleuve non canalisé de la région Nord - Pas-de-Calais, ses principaux affluents sont la Ternoise, la Planquette, la Créquoise, le Bras de Bronne, la Course, la Dordogne, l’Huitrepin, la Grande Tringue.
« Bien vivre à Ligny-sur-Canche » compte une trentaine d’adhérents et se réjouit de la très forte implication de la municipalité dans ses activités et projets. Une municipalité qui dans un très proche avenir souhaite aménager l’ancienne école en véritable salle communale.
L'Écho du Pas-de-Calais n°122
Janvier-Février 2012
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