Jeune artiste local, David Lenne, alias Wozer, sera au Festival du Touquet les 3 et 4 juillet, un concours réservé aux artistes de demain. Parfois décrié, surtout méconnu, le graff est une discipline artistique qui comme d'autres, mérite le respect.

Le graff, David est tombé dedans tout petit, dès douze ans. Pas envie de bosser en cours mais la volonté de réussir dans ce qui lui plaît le plus : « En arts plastiques, je m’éclatais. Le professeur m’a en plus inspiré dans la technique ». Il laisse tomber l’école juste après le collège, intègre une association arrageoise, Artmaniac, pour graffer légalement. Car le nerf de la guerre est là : ne pas devenir vandale et s’exposer à la répression. Sa chambre et les coins de nappe ne lui suffisent plus. Il lui faut des murs, des toiles. Une rencontre avec Psy, un nom dans le monde du graff, lui permet de participer au festival international de Bagnolet. Il noue des contacts, construit son réseau : « J’étais jeune, des gens se sont intéressés à moi et m’ont invité dans leurs ateliers et sur des festivals. Cela m’a donné envie de me donner à fond. » Soutenu par les professionnels, par ses parents, il crée son association à Étaples, Index en action, en 2005, destinée à promouvoir la culture hip-hop. Car l’un ne va pas sans l’autre, pas de graff sans hip-hop, pas de hip-hop sans graff. Aujourd’hui il a sa microentreprise, Wozer décor’ action : le rappeur Mokobé (Mafia K1 fry) lui a d’ailleurs demandé de réaliser le décor de son prochain clip.
Wozer se fait un nom dans le milieu. Paris lui fait envie, l’attire, mais le jeune homme apprécie son chez lui : « Dans le monde du graff, il y a tout un tas d’histoires parfois. C’est un milieu à part. Ici je suis tranquille, loin de la frénésie de la capitale, ce qui n’est pas un mal pour l’inspiration ».
Un univers haut en couleur
Toutes peintes à la bombe et au crayon posca (crayon de peinture), ses œuvres reflètent son univers qui est… l’univers ! Féru d’étoiles, de planètes et de galaxies, des héros de Marvel, de Star Wars et d’illuminati, son travail transpire toutes ses influences, son humeur, son caractère, à savoir un type droit, sachant ce qu’il veut : « Quand j’ai une idée, je ne la lâche pas. Je retranscris cela avec des formes très géométriques agrémentées de flèches, la direction à suivre en quelque sorte ».
Des couleurs vives, de l’abstrait, de la géométrie, de l’agressif, les styles diffèrent, interpellent. On est loin du vandalisme auquel d’aucuns se réfèrent à la simple évocation du mot graff. Mais David le concède, les mentalités évoluent : « les élus commencent à prendre en considération le fait que le graff est un bon moyen d’encadrer des jeunes. Un ado qui réalise une fresque dans la rue ne va pas la détériorer à la nuit tombée. La municipalité d’Étaples me suit, celle de Desvres également ». Wozer invite tous les curieux, jeunes et moins jeunes à découvrir cette culture graffiti, ce langage universel, un moyen d’expression qui a mauvaise presse. Ça n’est pourtant pas un crime.
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L'Écho du Pas-de-Calais n°109
Juin 2010
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