Les riez de Nœux-lès-Auxi ne sont pas à proprement parler une montagne, même si pour y accéder il faut grimper. Un peu seulement, pour découvrir une réserve que le Conservatoire régional des sites naturels tient à faire connaître en raison de sa richesse animale et végétale. Pour y parvenir, un moyen original et traditionnel a été retenu : la transhumance des moutons et des chèvres. Cela paraît sans doute incongru sous nos latitudes, loin des alpages, dans ce coin verdoyant du Ternois. Depuis six ans pourtant, c’est une réalité qui permet de montrer une pratique agro-pastorale favorable au milieu naturel, les moutons étant de véritables tondeuses écologiques.

Tout sourire en sortant de sa ferme, Jean-Paul Allexandre, est affirmatif : « Les bêtes sont un peu énervées. C’est leur seule sortie de l’année, elles le sentent ». Ce qui se confirmera quelques dizaines de mètres plus loin. Cette fois, seize moutons, dix chèvres et quelques chevreaux faisaient partie de l’aventure. Le petit troupeau ne retrouvera le confort douillet de l’étable qu’à la fin de l’automne… plus discrètement qu’en ce samedi de mai, c’est sûr.
Par dizaines, des curieux, des habitants du village, des habitués de l’événement, des familles venues avec enfants s’étaient en effet rassemblés un peu avant 11 h, devant la ferme, près de l’église. Appareils photo et caméscopes étaient prêts. Pas question en effet de manquer la promenade annuelle des ovins et caprins. Spectacle garanti sur deux kilomètres environ.
À peine lâchés, les chèvres et moutons ont eu vite fait de quitter la route. Une touffe d’herbe sur les bas-côtés, des fleurs un peu plus loin et leur curiosité les ont écartés du droit chemin. Même scénario tout au long de la rue des Orchidées, incontournable pour rejoindre la réserve des riez. Même l’autorité du maire Daniel Melin, juché sur son vélo, n’y a rien fait. Le troupeau n’en a fait qu’à sa tête, jusqu’à s’introduire dans les propriétés privées au grand dam des accompagnateurs… La course vers les huit hectares de verts pâturages s’est poursuivie en bon ordre après la sortie du village.
Deux cents espèces végétales
Quant aux participants, arrivés sur place, ils ont sorti leur casse-croûte, avant de partir d’un bon pas à la découverte de ce joyau de la biodiversité que constitue la réserve de Nœux-lès-Auxi, site classé et protégé depuis 1994. Plus de 200 espèces végétales, dont des orchidées, 93 sortes de champignons ou encore de la gentiane d’Allemagne cohabitent avec une faune variée, par exemple la denticelle bicole (sauterelle), le bruant jaune (oiseau émettant des sons métalliques), l’azuré bleu (papillon), des criquets, reptiles et même une espèce de mygale plus habituée des régions méridionales.
L’exposition au soleil et la nature crayeuse du sol expliquent leur présence ici.
La visite était cette fois guidée par des animateurs du Conservatoire des sites naturels mais les riez de Nœux sont en accès libre tout au long de l’année sur les sentiers. À condition de respecter les plantes, fleurs et animaux. Naturellement !
Bernard Queste
L'Écho du Pas-de-Calais n°109
Juin 2010
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