Plus claire, plus frappante, plus dynamique… Plus élégante et plus moderne. La nouvelle scénographie de la Coupole vous coupe du monde actuel en l’espace de quelques minutes. Un bond en arrière, une immersion dans notre histoire. Passé le comptoir d’accueil et la prise du casque audio… ça bombarde. L’entrée dans le tunnel qui conduit sous la coupole s’accompagne d’un son sans équivoque. Le site sur lequel nous nous trouvons est sous les bombes. 3 193 tonnes de bombes. Celles des Alliés qui savent, en 1944, le danger de ce monstre de béton dont doivent sortir ces fameuses fusées V2, arme secrète de destruction massive, née de l’imagination scientifique d’un certain Wernher von Braun.

Largués par l’ascenseur
Un pas de côté nous rappelle que quelques années plus tôt, la Grande Guerre avait déjà lourdement frappé le Nord - Pas-de-Calais… mais l’essentiel du sujet est devant nous. Ou plus exactement au-dessus de nous, à la sortie de cette cage d’ascenseur qui nous largue au-dessus d’une page peu reluisante de l’histoire de l’humanité. Lorsque les portes s’ouvrent, le visiteur est briefé par le cinéma… Un film qui le met dans le contexte avant d’être lâché en 1940, lorsque l’armée allemande traverse la Belgique pour entrer dans le Nord – Pas-de-Calais qui va vivre des heures bien sombres. Contrairement à une légende, l’invasion de la Belgique et du nord de la France n’a pas été une promenade militaire. Les Allemands ont livré de violents combats pour encercler la région et piéger des milliers de soldats britanniques et français. Pour les populations civiles, celles qui ont réagi rapidement, celles qui avaient des moyens de locomotion, c’est le moment de l’exode. Sur les routes, elles croisent des soldats en perdition qui vont se retrouver dos à la mer du côté de Dunkerque. Seule porte de sortie : l’Angleterre qui évacue ses trou-pes au plus vite. Les Français suivront… Et tous ceux qui n’auront pas pu embarquer seront pris par l’ennemi. Parfois un moindre mal, car dans le détroit qui est continuellement sous la menace de l’aviation allemande, quantité de bateaux sont coulés et quelque 5 000 hommes périssent dans les naufrages.
De grandes images
Images de guerre, de grandes images, à taille humaine, s’étalent sur les murs… Comme si dans la peau de ce naufragé de la route, de ce soldat pris au piège, ce pouvait être moi. Tournant les pages de notre histoire, le visiteur voit le paysage de la région changer… Le Nord – Pas-de-Calais considéré par les Nazis comme une région germanique est rattaché au gouvernement de Bruxelles. Une zone interdite coupée du reste de la France qui va dès lors essayer de survivre… « Se nourrir, se chauffer et se vêtir ont été les préoccupations quotidiennes des Français sous l’occupation ». Dans le Nord - Pas-de-Calais peut-être plus qu’ailleurs.
La résistance s’organise, patriotique et politique. Et de souligner que les femmes ont joué un rôle irremplaçable, la famille constituant la cellule de base de l’activité résistante. Jalonné d’objets symboliques comme cette hélice de Messerschmitt abattu dans le ciel du nord, cette façade d’épicerie dans laquelle les légumes ont pour noms topinambour et rutabaga ou le mur des fusillés de la citadelle de Lille, le parcours est fait d’images ordinaires de la guerre, celles que les plus jeunes générations de ce pays n’ont pas connues mais que beaucoup de gens sur cette terre côtoient encore au quotidien. Des drames et des deuils avec lesquels les populations vivent au plus profond d’eux-mêmes jusqu’au jour de la Libération, jour de fête parfois tragique. Jour de délivrance quand même. Et d’un coup comme tous les Français de l’époque, ce visiteur découvre l’horreur insoupçonnée des camps de concentration, de l’autre côté d’une séparation rouge sang.
Images inimaginables
Sous ses pieds, la structure même du sol change, pour des pas plus feutrés imposant le silence et le recueillement. Il reçoit en pleine face des images inimaginables. Cette tête de mort, ce squelette sur lequel la peau s’accroche encore. Comment peut-on nier l’horreur des camps nazis ? Au hasard des commentaires : « Pour les peuples d’Europe, la découverte de l’horreur concentrationnaire est à l’origine d’un profond examen de conscience qui aboutira à une volonté de paix et d’union ». Message à avoir en tête lorsqu’il faut entrer dans le mémorial des Déportés et Fusillés du Nord - Pas-de-Calais, où les photos de nos grands-pères, de nos grands-oncles… sont accrochées aux murs. Leurs noms apparaissent au hasard des écrans d’ordinateur où chacun est invité à jouer de la souris. 7 909 noms ont déjà été répertoriés et combien d’autres qui allongeront la liste au gré des témoignages des familles et des recherches historiques.
Du V2 à Saturne
Et dire que c’est en grande partie sur cette horreur que s’est bâtie l’une des plus grandes conquêtes de l’homme celle de l’espace. Car la Coupole reste un bien bel outil de compréhension pour tous ceux qui veulent suivre les étapes de cette grande aventure qui a débuté avec les fusées V2.
En fin de parcours, le portrait de Werhner von Braun, posant triomphant au pied de la fusée américaine Saturne, pourrait faire oublier que pour permettre à Armstrong de poser le pied sur la lune, des milliers de personnes ont été envoyées sous terre, à Dora et son usine souterraine de Mittelwerke dont une restitution en 3 D permet de bien comprendre l’organisation. La scénographie a pris le parti de rappeler combien la conquête de l’espace doit à l’ingénieur allemand mais n’oublie jamais la face cachée de l’homme. Dans le dos de Wernher von Braun les dessins de Léon Delarbre réalisés durant sa captivité à Dora.
La fin de la visite est alors toute proche. Le temps de reprendre l’ascenseur pour suivre le cheminement de la fusée V2 jusqu’au pas de lancement… qui n’a jamais été opérationnel.
Ph. Vincent-Chaissac
Les traces écrites de la Résistance ont inspiré les collégiens
Organisé par le conseil général, le concours de la Résistance et de la Déportation portait cette année sur « L’Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle et son impact jusqu’en 1945 ». Travaillant collectivement sur les traces écrites de la Résistance (ils devaient en créer six faisant référence à des recherches historiques), 184 élèves (24 groupes de cinq à dix personnes) ont participé au concours dont le palmarès (symbolique) a été dévoilé le 19 mai, à la Coupole. Les quelque 84 jeunes invités et leurs professeurs, félicités pour leur implication dans ce projet par Françoise Ros-signol, vice-présidente du conseil général, Jean Wallon, président de la Coupole, et Françoise Blondelle, inspectrice d’académie adjointe, ont ensuite découvert l’espace muséographique et sa nouvelle scénographie inaugurée récemment. Du 1er au 5 juin, en remerciement de leur travail, ils se sont rendus à Buchenwald, le camp emblématique de la déportation de répression contre les résistants français.
Les collèges primés : Les Marches de l’Artois, Marquion ; Germinal (2 groupes), Biache-Saint-Vaast ; Pierre-Mendès-France, Arques ; Jean-Monnet, Aubi-gny-en-Artois ; Joliot-Curie, Auchy-les-Mines ; 7. Georges-Brassens (2 groupes), Saint-Venant ; Anatole-France, Nœux-les-Mines.
Plus que jamais un centre d’histoire et de mémoire
En cette journée de Fête de l’Europe, dimanche 9 mai, le symbole ne pouvait être plus marquant pour la double cérémonie qui a mobilisé près de mille invités sur le site de la Coupole, centre d’histoire et de mémoire, à Helfaut, ouverte officiellement le 9 mai 1997.
Il s’agissait en effet de lancer la nouvelle scénographie mise en place depuis fin mars (voir ci-contre), et d’inaugurer le mémorial des fusillés et déportés du Nord - Pas-de-Calais où figurent, par ordre alphabétique, près de 8 000 noms de victimes, fruit d’un long et minutieux travail de recherche mené ces cinq dernières années.
À l’évidence, ceux qui n’avaient pas mis les pieds à la Coupole depuis quelque temps ont trouvé du changement. C’était le but des travaux d’un montant de deux millions d’euros (conseil général du Pas-de-Calais, Région, État, communauté d’agglomération de Saint-Omer), réalisés en un temps record, de janvier à mars derniers. Sur les conseils et avec la rigueur d’historien d’Yves Le Maner, directeur de l’établissement et de Julien Duquenne, directeur d’exploitation, avec le concours artistique d’Arnaud Sompairac, un scénographe spécialiste des espaces muséographiques.
Emmenés par le directeur lui-même, connaissant son sujet par cœur, et du conseiller général Jean Wallon, président du conseil d’administration, les visiteurs, dont Dominique Dupilet, président du conseil général du Pas-de-Calais, entouré de nombre de ses collègues du département, d’élus et de représentants d’associations, ont découvert les évolutions marquantes. Comme ces bruits de bombardements que l’on perçoit dès la galerie d’accès, le dôme dont l’impressionnant volume se fait apprécier, l’épaisseur des murs mise en évidence grâce à une ouverture pratiquée dans la paroi (plus de 5 mètres). Jusqu’au V2 dont la tête est maintenant dirigée vers le bas « pour rappeler que c’était avant tout une arme terroriste dirigée vers les populations, particulièrement celle de Londres », a précisé Yves Le Maner.
Beaucoup ont été impressionnés par l’étonnante table multitactile, la projection 3D sans lunette (Alioscopy), la projection du film allemand de la construction de la Coupole (où les ouvriers russes prisonniers ne figurent pas)…
En quelques mots de remerciements, Jean Wallon a souligné l’excellent travail réalisé « avec des entreprises locales et régionales » pour donner un nouvel attrait à « ce lieu né de la seconde guerre mondiale, qui œuvre pour l’Europe de la paix d’aujourd’hui », alors que le président Dupilet affirmait « avoir découvert un nouvel établissement, totalement fidèle à l’esprit dans lequel nous avons créé la Coupole. Il faudra y revenir pour mieux le découvrir ».
Pour dire « plus jamais ça »
Rejoints par Bernard Derosier, président du conseil général du Nord, les invités ont gagné le mémorial des fusillés du Nord et du Pas-de-Calais, les présidents des deux départements et Jean Wallon y dévoilant une plaque inaugurale. Il concrétise le travail du chercheur Laurent Thierry et d’Yves Le Maner sur le projet initié et porté par les deux conseils généraux et les associations patriotiques. Son inauguration ce 9 mai, 65 ans jour pour jour après la découverte des camps de concentration, n’était pas un hasard. La visite de ces lieux où les noms des victimes sont inscrits par ordre alphabétique « pour ne pas faire de distinction » ne laisse pas indifférent. Léonie Kosnieczka, rescapée des camps, a exprimé toute la reconnaissance des DIRP (Déportés Internés Résistants Patriotes), « car vous êtes restés fidèles à la mémoire des survivants de 1945 », soulignant particulièrement l’engagement du président départemental, Robert Vansteenkiste, pour la création du mémorial. Ses paroles ainsi que les discours de MM. Derosier et Dupilet, insistant tous les deux sur l’importance de se souvenir « pour ne plus jamais connaître ça », avaient été précédés par la prestation de deux musiciens du conservatoire de Saint-Omer interprétant des œuvres symboliques de la journée, dont l’hymne européen, ode à la joie certes, ode à la paix surtout.
Bernard Queste
L'Écho du Pas-de-Calais n°109
Juin 2010
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