Une idée simple. « Bien d’autres journalistes l’ont mise en œuvre avant moi, avec talent : un Américain blanc est devenu noir, un Allemand blond est devenu turc, un jeune Français s’est transformé en SDF, une femme des classes moyennes en pauvre… Moi j’ai décidé de me laisser porter par la situation », écrit Florence Aubenas dans l’avant-propos de son livre Le quai de Ouistreham. Un ouvrage où elle raconte son passage dans une « France qui boitille », celle des précaires. Ses pages secouent fortement les consciences. « On n’en sort pas indifférent », a jugé Dominique Dupilet, le président du conseil général, en accueillant Florence Aubenas à la fin de la séance plénière du lundi 17 mai.

Le président du Département a officiellement remis à la journaliste - sans doute la plus « célèbre » de France depuis ses 157 jours de captivité en Irak - le prix Jean Amila-Meckert 2010.
Organisé par l’association Colères du présent, ce prix est doté financièrement par le conseil général. Le quai de Ouistreham est une parfaite illustration de la littérature de critique sociale d’expression populaire. En plongeant dans la crise, de mai à juillet 2009, à Caen, en Normandie, « mais c’est partout pareil », Florence Aubenas est allée à la rencontre de la « France normale » sur laquelle « les gens de la bulle politico-médiatique » colporte un nombre incalculable d’idées reçues. « Les journalistes sont assez bons pour saisir l’exceptionnel mais pas forts pour saisir l’ordinaire ». Cet ordinaire, « le réel qui surprend toujours », vers lequel court Florence Aubenas, grand reporter. Elle a vécu comme une femme de ménage et souligné en 270 pages que les femmes de ménage ne sont ni des meubles, ni des fantômes. Qu’il est temps de quitter son pré carré pour percevoir la précarité. « Changer les choses c’est notre affaire à tous ! Il faut se dire : le travail précaire ça me concerne moi aussi. » : Florence Aubenas a exhorté chacun à son petit niveau « de ne pas déposer sa charge ni déléguer, mais d’essayer d’arranger les choses ». En France, 20 % des travailleurs sont des précaires, et 8 sur 10 sont des femmes. Il est grand temps d’imaginer un monde meilleur.
62 ouvert sur le monde
« Imaginons un monde meilleur » est un appel à projets qui figurait à l’ordre du jour de la réunion du conseil général. Ce dispositif créé il y a huit ans fait l’objet d’une évaluation depuis 2008. Renouvelé, il a pour objectifs d’ouvrir les territoires du Pas-de-Calais à l’international et d’encourager les associations et collectivités locales à s’engager dans des projets durables de solidarité internationale et d’éducation au développement.
Les conseillers généraux se sont intéressés à la politique européenne et internationale du Département. Elle va de la « pêche » aux fonds européens (sous-utilisés) au classement du bassin minier et du détroit du Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l’Unesco. En bifurquant par la section internationale du collège Daunou à Boulogne-sur-Mer : « on réfléchit à la création d’une université franco-britannique avec l’Université du Littoral et Canterbury » a précisé Dominique Dupilet. Le président a souhaité « que la stratégie européenne soit incluse dans les contrats de développement durable signés avec les intercommunalités ».
Florence Aubenas l’a expliqué avec conviction : pour imaginer un monde meilleur il faut avant toute chose « aller voir ceux qui ne nous ressemblent pas, que ce soit en Afghanistan ou à Caen. »
Qu’il soit présenté de façon très synthétique et dynamique en 2 minutes et 45 secondes sur fond de Moby ; tout en couleur sur 100 pages ; ou avec une rigueur toute administrative en 600 feuillets, le rapport d’activité 2009 du conseil général fait sauter aux yeux « l’irremplaçable proximité du Département avec ses 6 300 agents et 400 métiers ». La compilation de chiffres traduit clairement les missions de service public réalisées au service des habitants du Pas-de-Calais.
19 689 enfants sont nés dans le Pas-de-Calais en 2009. 9 750 assistants maternels ont été agréés. 26 426 personnes âgées allocataires de l’Apa - Allocation personnalisée d’autonomie. 99 structures et services pour personnes handicapées, soit 3 393 places, ont été tarifés. Au 31 décembre 2009, le département comptait 62 806 foyers bénéficiaires du RSA, ce qui concernait 146 296 personnes.
1 400 manifestations culturelles ont été lancées, initiées, soutenues. On a consulté 49 714 documents dans les salles de lecture des archives départementales ! Le site internet des archives a enregistré plus de 200 000 connexions entre septembre et décembre 2009, contre 32 000 de janvier à août. Un buzz lié à la mise en ligne de plans cadastraux napoléoniens, des répertoires des registres matricules militaires. 16 000 calculatrices ont été distribuées aux élèves de 6e des 126 collèges. Et 27 000 tonnes de sel ont été répandues au cours des 83 journées d’intempéries hivernales. Des chiffres très ordinaires sans doute… Ceux de la « vie réelle » dans laquelle s’est immergée Florence Aubenas.
Chr. Defrance
L'Écho du Pas-de-Calais n°109
Juin 2010
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